Homélie du dimanche des Rameaux

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LITURGIE FAMILIALE
DIMANCHE DES RAMEAUX ET DE LA PASSION,  ANNÉE B (28/03/2021)

On me demande souvent, « Père, pourquoi lit-on l’Évangile de la passion, le dimanche des rameaux ? » Un peu d’histoire pour nous rappeler comment nous en sommes arrivés à fêter les rameaux et la passion. Ce que nous vivons aujourd’hui nous vient de 2 traditions différentes.

Au 4ème siècle à Jérusalem, le dimanche avant Pâques, après la messe célébrée comme à l’ordinaire, l’évêque et tout le peuple se rendaient à l’église située sur le mont des Oliviers. Après la lecture de l’Évangile de l’entrée de Jésus à Jérusalem, une procession était faite jusqu’à la basilique de la résurrection, où on chantait l’office du soir appelé « Lucernaire ».

À Rome, par contre, au temps du pape saint Léon le Grand (440-461), on commençait la semaine sainte d’une manière plus sobre par une messe dominicale au cours de laquelle on lisait l’Évangile de la Passion selon saint Matthieu. Plus tard, à l’instigation des pèlerins de Jérusalem, cette eucharistie a été précédée de la procession des rameaux.

La célébration de ce jour se veut ainsi une véritable porte d’entrée dans la grande semaine où nous faisons solennellement mémoire du Mystère central de la foi et de la vie de l’Église : Christ mort et ressuscité pour le salut de l’humanité.

Dimanche donc des rameaux, mais aussi de la passion. Le véritable chemin de gloire passe par la contemplation de la croix, lieu de l’expression la plus aboutie de l’amour de Dieu pour les hommes. Et c’est ce chemin qui nous est proposé au cours de cette semaine sainte : marcher dans les pas du Christ, mourir à toutes les formes de mort pour ressusciter avec lui et témoigner de son amour. Chemin d’abaissement, d’humilité (cf. 2ème lecture de saint Paul) et parfois même de solitude (« Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? »). Mais véritable chemin de bonheur, car malgré les apparences, la mort n’a pas eu le dernier mot.

C’est la 1ère certitude que nous pouvons nous réapproprier dans nos propres cheminements de vie, au temps de l’adversité. Quelle que soit la durée de la nuit, la lumière finira par briller. « Tu m’as répondu ! », dit le Christ à la fin du psaume 21. Quelque soit la difficulté que nous traversons, sachons que le Père ne nous abandonne jamais et que le Christ a déjà vaincu pour nous. Il pose son regard d’amour sur nous, il marche avec nous, il tombe avec nous sous le poids de nos fardeaux, il se relève avec nous. Et surtout, il a donné sa vie pour toi. « Il n’y a rien de plus grand que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Y a-t-il une expression plus forte pour entendre l’amour de Dieu pour nous ? Ce qui m’emmène à dire qu’au-delà de la célébration de cette mémoire, se pose une question plus fondamentale : celle de l’identité réelle du Christ qui traverse d’ailleurs tout l’Évangile de Marc. Ce Christ que nous proclamons mort et ressuscité, qui est-il pour toi aujourd’hui ? Comment en vis-tu ? Comment en parles-tu ?

Jésus donne à ses contemporains un signe fort, en orchestrant lui-même soigneusement son entrée à Jérusalem, par référence à la prophétie de Zacharie sur le messie « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse » (Za 9, 9). Mais tous n’ont pas compris le message.

Pour les scribes et docteurs de la Loi, aveuglés par leur jalousie, c’est un imposteur. Pour la foule c’est plus un faiseur de miracles et quelqu’un qui va les faire sortir du joug des Romains comme jadis le grand roi David. Ils finiront même par lui préférer Barrabas, un bandit, et demander qu’il soit crucifié. Le côté versatile du cœur de l’homme. Même les apôtres, face au mystère de la croix l’ont abandonné. « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez », nia Pierre. Pourtant il les avait préparés pour cette grande heure. Seuls les Anawim (les pauvres de Dieu), les plus petits, les cœurs humbles et justes ont su toucher en lui ce qu’il était réellement : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! », professa le centurion Romain.

Et toi, où te situes-tu dans tout cela ? Jésus, qui est-il réellement pour toi ? Et s’il est ressuscité pour toi, qu’est-ce que cela représente dans ta vie ?

Telle est au final, une des questions qui peuvent nous aider dans cette grande retraite que nous allons vivre à travers les célébrations de la semaine sainte. Puisse l’Esprit-Saint nous guider. Bonne marche vers Pâques !

In Christo,
P. Magloire KETEHOULI